Le Frelon Asiatique en France

Frelon : la menace asiatique

Le frelon asiatique massacre les abeilles en grand nombre. D'une efficacité redoutable, il semble que rien ne puisse arrêter sa progression sur le territoire français et dans le monde entier où il gagne peu à peu du terrain.

Voici un petit tour d'horizon qui vous permettra de mieux identifier le phénomène et d'explorer les moyens actuellement mis en place pour empêcher la progression de cet insecte particulièrement nuisible qui alarme l'apiculture.

Les origines de la menace asiatique

Originaire du nord de l'Inde, de la Chine et des montagnes d'Indonésie, cette espèce de frelon d'Asie est arrivée en France depuis 2004. Redoutable prédateur, cet insecte a envahi peu à peu le territoire français pour venir décimer des colonies entières d'abeilles et alarmer les apiculteurs qui se trouvent démunis face à l'ampleur du phénomène.

Ce redoutable nuisible à pattes jaunes aurait été introduit accidentellement dans l'hexagone, suite à une livraison de poteries chinoises dans la région du Lot-et-Garonne.

C'est en déballant cette livraison de poteries importées de Chine qu'une reine de cette espèce asiatique - restée jusqu'alors emprisonnée - aurait été libérée et se serait enfuie. C'est à partir de cette seule et unique reine fécondée que le prolifération sur tout le territoire français a pu démarrer.

Ce phénomène invasif concernerait à ce jour la moitié de la surface de l'hexagone et il se serait propagé aussi dans d’autres pays d'Europe : Allemagne, Angleterre, Belgique, Italie, Espagne et Portugal.

Depuis 2016, cette espèce invasive a été reconnue et classée comme nuisible par l'Union Européenne.

Le frelon asiatique est bien présent en France où il a notamment envahi la région Sud Rhône-Alpes, continuant à coloniser de nouvelles communes et de nouveaux départements.

L'année 2015 avait été particulièrement favorable à l'invasion, particulièrement à cause de conditions climatiques très favorables.

Le frelon a pu continuer de se multiplier dans certains départements du territoire français où il était déjà présent, apparaissant en parallèle dans d'autres départements, notamment dans la région de la Loire où un premier nid a été détruit, mais aussi dans le Rhône et l'Ain où des individus ont été découverts.

Depuis 2016, il continue sa progression en s'installant dans de nouvelles communes sur un total de six départements déjà concernés par ce phénomène.

A ce jour, seule la Savoie semble épargnée.

Comment agit cette espèce prédatrice ?

Si le Vespa velutina (nom scientifique donné à cette espèce) s'attaque à toutes sortes d'insectes, ce qui préoccupe particulièrement les éleveurs de ruches, c'est qu'il a élu l'abeille comme proie favorite, en raison de la grande concentration d'individus que lui offre la structure des colonies.

La technique d'attaque qu'utilise cette espèce de frelon consiste à se poster à l'entrée des ruches en position de vol stationnaire. Il se précipite ensuite sur les ouvrières alors que celles-ci sont chargées des provisions de pollen qu'elles viennent de récolter et qu'elles apportent à la ruche pour nourrir la colonie.

La tactique de combat du frelon exotique reste toujours la même : il tue les ouvrières qui transportent le pollen en leur sectionnant d'abord la tête grâce à ses puissantes mandibules, puis, se saisissant rapidement de sa proie, il l'emporte dans un arbre pour la dépecer, lui arrachant rapidement les pattes et les ailes. Alors qu'elle est encore toute chaude, il réduit sa victime en boulette qu'il amène jusqu'à son nid pour alimenter ses propres larves.

Le frelon exécute ses proies avec une dextérité et rapidité remarquable, quelques minutes seulement lui suffisent pour exécuter sa besogne. Une dizaine de frelons à peine suffit pour laminer une ruche entière.

Très tenace, le frelon s'avère capable d'absorber ainsi des couvains entiers (c'est-à-dire toute abeille en cours de développement : les oeufs, les larves et nymphes comprises), ce qui pourrait provoquer à long terme la ruine des apiculteurs, totalement démunis face à ce phénomène et déjà particulièrement frappés par la perte progressive de leurs cheptels principalement due à des problèmes environnementaux et à l'utilisation d'insecticides dans l'agriculture.

Quelles sont les caractéristiques physiques de cette espèce asiatique nuisible ?

Cette espèce de frelon exotique peut atteindre une taille de 20 à 25 millimètres chez les ouvrières, et mesurer jusqu'à 30 millimètres chez les reines. Elle est donc plus petite que le frelon appelé "Vespa crabo" déjà présent et connu sur le territoire de l'Europe de l'Ouest.

Les reines frelons sont particulièrement impressionnantes, volant bruyamment, elles sont reconnaissables à leur teinte brune dominante. Le thorax de l'insecte est de couleur brun foncé velouté et il présente des segments bruns situés sur l'abdomen et soulignés d'une fine bordure de couleur jaune-orangé, facilement repérable. Ses pattes sont brunes et bordées de jaune à leur extrémité.

La tête de l'insecte est également noire avec une face de couleur jaune-orangé.

Cette espèce est donc bien identifiable et elle se distingue facilement du seul frelon connu jusqu'alors dans l'hexagone : le "Vespa crabo", reconnaissable à sa livrée tachée de roux, de noir et de jaune et à son abdomen de couleur jaune rayé de noir.

Comment éradiquer ce frelon nuisible ?

Dans l'idéal, il faudrait pouvoir repérer en amont les nids fabriqués par ce redoutable frelon pendant la période printanière, c'est-à-dire avant que ceux-ci ne soient cachés derrière les feuilles des arbres.

Si l'on parvenait à détruire les nids de ces terribles frelons avant l'automne, on éviterait de façon notable que ces nuisibles tant redoutés ne se multiplient dangereusement l'année suivante.

C'est à l'automne, en septembre, que les jeunes reines quittent leur nid, accompagnées de leurs mâles.

Une fois fécondées, les reines hibernent seules et les mâles sont condamnés à mourir.

La totalité de la colonie est ainsi amenée à mourir peu à peu, le nid restant inutilisé jusqu'à l'année suivante.

Seules les jeunes reines fécondées (appelées les "fondatrices") passent l'hiver dans un lieu bien à l'abri où elles hibernent.

C'est à l'arrivée du printemps qu'elles préparent un nouveau nid dans lequel elles pondent leurs oeufs et soignent de nouvelles larves (les ouvrières) afin que la colonie puisse se développer.

L'activité des femelles fondatrices dépend directement de la température extérieure, c'est donc à la fin de l'été qu'a lieu l'essaimage. Puis, c'est l'étape de l'envol des mâles et des femelles reproductrices issues de la nouvelle génération à laquelle on assiste à la fin de l'été ou au début de l'automne.

C'est à cette période qu'ont lieu les accouplements. Les colonies pérennes n'existant pas, les nids ne servent qu'une seule fois et ils seront détruits naturellement par les intempéries hivernales.

La reine consacre le reste de sa vie à pondre. Le frelon d'Asie construit un nid très volumineux constitué de fibres de bois mâchées qui forment un papier assez grossier. Le nid se compose de plusieurs strates de galettes de cellulose entourées d'une enveloppe de larges écailles de papier, striées de couleurs beige et brun. L'orifice du nid se caractérise par une petite sortie latérale.

Le plus souvent installé dans un espace dégagé, l'une des caractéristiques du nid de frelon asiatique est sa forme sphérique qui peut atteindre une taille de 60 centimètres de diamètre. Il peut aussi être de forme ovale et atteindre 1 mètre de haut et 80 centimètres de diamètre s'il a été fixé à plus de 15 mètres de hauteur au faîte d'un arbre. Mais il arrive à cet insecte nuisible de nidifier dans un bâtiment ouvert, une muraille et beaucoup plus exceptionnellement dans une cavité située au niveau du sol.

Lorsqu'un nid a été construit en haut d'un arbre, la présence d'une colonie se remarque facilement par les incessants allers-retours effectués par les ouvrières dans les feuillages. En hiver, la présence des nids est aisément décelée lorsque les arbres ont perdu toutes leurs feuilles.

Le problème majeur que soulève cette espèce de frelon est qu'il n'existe aucun prédateur connu de cette espèce, ce qui complique d'autant plus son éradication. Mettre un terme à ce phénomène invasif devient plus que jamais une priorité, d'autant plus que les moyens utilisés jusqu'alors pour l'éradiquer n'ont pu prouver leur efficacité ni permettre de soulager l'apiculture déjà fortement mise à mal par des facteurs environnementaux.

Dans le but de trouver une solution efficace et un moyen ingénieux et écologique de porter atteinte à cette propagation nuisible, des recherches ont d'ores et déjà entreprises, dont certaines sont en bonne voie.

D'intéressantes observations ont été faites sur le comportement adopté par l'abeille asiatique (ou Apis cerana) pour lutter contre son attaquant, le redoutable frelon d'Asie.

En effet, l'Apis cerana a réussi à développer une stratégie de défense infaillible : l'agresseur de la colonie se trouve très rapidement encerclé par une masse compacte d'ouvrières qui font vibrer leurs ailes à toute allure, créant ainsi l'augmentation de la température (jusqu'à 45°C) à l'intérieur de la ruche et entraîner la mort de l'adversaire par hypothermie. Le frelon d'Asie succombe rapidement à une température aussi élevée, tandis que l'Apis cerana peuvent supporter des températures qui atteignent plus de 50°C.

Malgré l'efficacité de cette méthode, elle ne peut être trop souvent utilisée car elle entraîne l'affaiblissement de la ruche, forçant les ouvrières à se consacrer à défendre la colonie plutôt qu'à l'approvisionner.

Cependant, contrairement aux espèces d'ouvrières asiatiques citées ci-dessus, les ouvrières européennes ne possèdent pas de mécanisme de défense contre ce frelon ennemi.

Face à ce terrible fléau, les professionnels sont démunis.

Pour tenter de détruire les nids de frelons, ils ne disposent en effet que de pièges artisanaux qui s'avèrent plutôt inefficaces ou de certains procédés chimiques jugés dangereux et très polluants.

Afin d'éradiquer ce phénomène et de protéger les ruchers, plusieurs techniques ont été mises au point, notamment celles centrées sur la destruction totale des nids. Pour être efficace et éviter tout danger de piqûres ou de propagation, cette destruction ne doit en aucun cas être réalisée par des particuliers ou des amateurs.

C'est grâce à la vigilance d'un réseau de surveillance ad hoc et à l'efficacité de méthodes de destruction élaborées par des professionnels aguerris et encadrés par une charte de qualité bien précise que cette éradication a pu se mettre en place.

Celle-ci s'organise activement sur le territoire et des plans d'action ont été développés en ce sens, notamment grâce au soutien actif du FREDON (Fédération RÉgionale de Défense contre les Organismes Nuisibles) qui assure la surveillance sanitaire, la prévention et la lutte contre le Vespa velutina.